(Le Nouvelliste-MC) - La réponse à cette question, aussi attendue soit-elle, devrait venir avant minuit ce soir. C'est du moins l'ultimatum servi par l'entreprise aux travailleurs en lock-out, qui ont rejeté massivement la proposition soumise hier par un médiateur, à une hauteur de 80 %.
Dans les faits, il s'agissait d'un deuxième vote déterminant en neuf jours, tenu celui-là sous la menace de l'arrêt définitif des activités au complexe industriel spécialisé dans la transformation de l'aluminium.
Par ce résultat sans équivoque, ces 350 syndiqués, auxquels s'ajoutent le personnel cadre et les employés de bureau, ont «lancé la balle dans le camp» de la multinationale américaine, optant pour la confrontation.
«Je suis fier de mon monde, a avoué le président du syndicat local (CSN), Daniel Goyette, entouré par ses membres devant l'aluminerie. On dit à Aleris que s'il veut nous garantir un avenir, on est prêt à travailler avec lui. Mais c'est pas vrai qu'on va continuer à vivre dans l'insécurité.»
Dans les faits, les travailleurs ont tenu promesse et n'ont pas plié devant les exigences de l'employeur, sans qu'aucune garantie quant au futur des installations ne leur soit fournie en retour.
Tel est effectivement le noeud de ce conflit, qui s'envenime un peu plus chaque jour depuis le décret d'un lock-out, le premier juillet dernier.
«C'est le prix qu'on a décidé de payer pour aller jusqu'au bout de notre processus. C'est le prix qu'on a à payer pour le respect», a lancé le numéro un du syndicat, au terme d'une assemblée «humaine et émotive».
Du coup, les syndiqués ont balayé du revers de la main toutes les concessions demandées. Baisse des salaires, coupes de poste, réaménagement des horaires, refonte du programme d'avantages sociaux : tout y passait.
Ce bout de chemin syndical permettait à l'employeur de retrouver les 5,2 millions de dollars recherchés dans ces présentes négociations pour le renouvellement de la convention collective, échue en février.
Toutefois, Aleris s'engageait à laisser ouverte son aluminerie pour la prochaine année, moyennant l'atteinte d'un taux de productivité supérieur aux performances annuelles connues en 2007, ce qui était jugé inacceptable par le syndicat.
Or, avec ce refus, la frustration est de plus en plus grande chez les travailleurs. «Cet employeur-là, ça fait deux ans qu'il est ici, et il est en train de voler 60 ans d'histoire au Québec, pour ramener ça chez eux», a lancé Daniel Goyette.
Aleris déçue
Aleris n'a visiblement pas apprécié la position adoptée par les syndiqués hier. Peu bavarde depuis le début de ce conflit, l'entreprise n'a pas masqué sa désolation, hier.
«Le commentaire que je peux faire, c'est qu'on est extrêmement déçu du résultat», a confié Marc Benoît, négociateur patronal dans le dossier, lorsque joint par Le Nouvelliste.
L'entreprise mettra-t-elle sa menace à exécution ? Là-dessus, l'avocat de la firme Ogilvy Renault est demeuré prudent et a refusé de s'avancer, à savoir si une décision finale sera déterminée avant minuit ce soir.
«Il n'y aura pas d'autres commentaires. Quand les décisions seront prises, on va vous les transmettre.»
Prêt pour une relance
Qu'à cela ne tienne, l'aluminerie de la rue Saint-Laurent n'est pas fermée que l'on songe déjà à sa relance. Si Aleris devait mettre la clé dans la porte, comme elle l'a promis au préalable, le syndicat prépare déjà son plan B.
«On va travailler sur la réouverture. On a plein de façon de l'imaginer. Aleris, s'il décide de mourir dans le marché, il y a certainement quelqu'un qui est prêt à reprendre le marché», croit Daniel Goyette.
«On espère que le gouvernement va réagir»
Sur le qui-vive depuis quelques mois, le milieu politique constate maintenant que la fin n’a jamais été aussi proche pour l’usine Aleris. Et l’inquiétude est palpable.
D’ailleurs, les réactions étaient nombreuses, hier, face à ces plus récents développements.
D’une part, le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, souhaite une intervention plus musclée de Québec. «On espère que le gouvernement va réagir», lance-t-il d’emblée.
Sans décocher pour autant une flèche au ministre du Développement économique, Raymond Bachand, le premier magistrat est persuadé qu’une visite en Ohio, au siège social de la multinationale, serait plus que profitable.
«Ce que je dis, c’est qu’il faut tout faire en notre possible. Un coup de fil, ça n’a pas le même impact qu’un déplacement», fait valoir le maire trifluvien.
Ceci dit, il est peut-être trop tard. «Les chances sont minces», répond Yves Lévesque, quant aux possibilités de survie de l’aluminerie du secteur Cap-de-la-Madeleine, dont le sort pourrait être scellé dès ce soir.
Auger tranchant
Le député adéquiste de Champlain s’est montré tranchant envers la direction de la compagnie Aleris, hier.
Présent sur les lignes de piquetage érigées par les syndiqués, Pierre-Michel Auger a interpellé l’entreprise, exigeant qu’elle tende l’oreille aux propositions gouvernementales, ce qu’elle a systématiquement refusé de faire depuis des mois.
«Aleris a toujours parlé de rentabilité et de productivité. Pour exiger de la rentabilité ou de la productivité, ça prend de l’équipement à la fine pointe de la technologie, ça prend des investissements. Si la compagnie est sérieuse, qu’elle s’assoit avec le gouvernement», clame-t-il.
Bachand impuissant
En ce qui a trait au ministre Bachand, il se dit impuissant devant les refus répétés de l’entreprise américaine, pour que lui soit offert un soutien de l’État.
«On ne peut tout de même pas faire une invasion de domicile», a confié le titulaire du Développement économique à Québec, en entrevue au Nouvelliste.
Une fois de plus hier, les fonctionnaires du ministère ont contacté les dirigeants chez Aleris.
«La réponse était incertaine, relate Raymond Bachand. Je ne peux pas vous dire s’ils sont prêts (à fermer l’usine). Mais c’est clair qu’il y a un rapport de force en ce moment.»
Or, le ministre croit toujours en une relance des pourparlers entre les parties. Raymond Bachand a par ailleurs lancé un appel au retour à la table de négociations. «Je souhaite que le conciliateur reprenne son bâton de pèlerin», insiste-t-il.
Soulignons que la ministre régionale, Julie Boulet, a refusé de commenter, hier, renvoyant les médias au cabinet du ministre Bachand.
Des travailleurs indignés
«Tantôt, quand je vais me présenter devant mes enfants, c'est un gagnant qu'ils vont avoir en avant d'eux. Quelqu'un qui s'est tenu debout face à un employeur qui veut rien savoir de nous autres.»
Le ras-le-bol de Louis Verrette témoigne bien de l’état d’esprit qui régnait, hier, chez les travailleurs de l’aluminerie Aleris. Selon le salarié, le rejet à 80 % de cette offre, était la seule option pour les 350 syndiqués en lock-out. «La vraie game, elle commence là», dit-il.
«Je n’ai pas peur des menaces de fermeture! Ils vont revenir, ils vont nous rapprocher», ajoute son collègue, Claude Duval, appuyant ainsi la thèse d’une reprise des discussions.
S’il avait refusé de commenter depuis le début du conflit, le conseiller municipal trifluvien, Guy Daigle, aussi travailleur au sein de l’aluminerie, a pris la défense de son syndicat hier. «Je pensais que la compagnie allait mettre du sien là-dedans, mais dans le cas présent, ils agissent un peu avec de l'arrogance. C'est épouvantable ce qu'ils font», se désole-t-il.
Par ailleurs, la majeure partie des syndiqués ont manifesté, en après-midi hier, devant le complexe industriel de la rue Saint-Laurent.
Cette fois, pas de grabuge, sinon que quelques œufs lancés par une poignée de travailleurs. Rien à voir avec les actes de vandalisme recensés le premier juillet dernier, alors que le drapeau américain était brûlé.
En revanche, les travailleurs ont pris la rue, l’instant de quelques minutes, pour faire valoir leur mécontentement. Les drapeaux flottant devant l’usine ont également été mis en berne, pour ensuite faire place à la bannière de la CSN.
Notons en terminant que les instances syndicales ont promis une présence plus importante encore dans les prochaines heures sur les lignes de piquetage.
Publié par : Marcel Charland
à 09:53:12
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